Bonjour Blanche
Dès ma naissance mon calvaire a commencé, je ne devais pas
vivre, j’étais malade et condamnée. Nous étions 2 bébés avec la même maladie,
Eric mon frère n’a pas survécu. Je sais depuis peu que j’avais un frère jumeau
et depuis je ne sais pas vraiment quelle place j’occupe. Dès la naissance la
dépossession de mon être a commencé.
Mes parents m’ont nié de suite, pendant 3 mois j’ai
vascillé entre la vie et la mort, et aujourd’hui je suis encore là. Mes parents
ne m’ont pas investi dès ma naissance, pour eux je n’existais pas. J’étais
morte. Alors c’est ma grand-mère qui s’est occupée de moi pendant les 3
premières années de ma vie. Très certainement heureuse (je ne m'en rappelle
plus très bien). J'étais encore à cette époque une enfant comme les autres.
Un beau jour tout a basculé, je suis repartie vivre chez mes parents,
mes grands-parents ne pouvant plus me garder. Plus de repère, plus rien, le néant.
Mon père a commencé à me prendre pour cible. Je n'étais plus un être humain, mais
simplement une chose que l'on utilise pour se défouler. L'inceste n'est pas
venu de suite, avant il y a eu les coups, les humiliations, la dégradation de
tout mon être. Mon père m'a ficelé lentement et sûrement dans le dégoût de
moi-même. Etait-il fou? Il croyait à l'ordre et à la discipline. J'ai été
torturée, dominée. Il m' a arraché ma personnalité. Il avait réussi à
faire de moi comme il disait, un déchet de la nature. Un déchet terrorisé, un
prisonnière, un être sans défense. Il avait un pouvoir de vie ou de mort sur
moi. Des images affreuses sont toujours présentes.
J'ai aujourd'hui 40 ans et mes peurs d'enfants sont toujours là.
Le noir me fait peur. Il m'enfermait des heures dans la salle de bain.
C'était horrible. Mes yeux cherchaient désespérement une lumière, mais
hélas rien, rien que du noir. A ces moments, je m'isolais dans ma tête,
je pensais très fort à mes grands parents, au sourire de ma grand mère.
A travers cette porte de salle de bain, au fond, je savais tout ce qui
se passait. L'écoute, c'était la survivance. Ma vie se limitait au mur,
au radiateur où il m'attachait. Tous les bruits que j'entendais, me faisaient
vivre, comme si je participais à la vie des autres , à l'extérieur. Il
a été souvent question de nourriture. Je ne mangeais pas à table avec eux.
Je devais manger ce que lui m'emmenait.
Je ne peux pas vous dire ce que j'ai pu avaler, mais c'était infect.
Lorsque je vomissais toute cette merde , il me la faisait ravaler. Très souvent,
il remplissait la baignoire d'eau et m'enfonçait la tête, j'ai bien essayé de me
débattre mais rien ne changeait. J'ai souvent cru que j'allais mourir noyé. Il
inventait au fur et à mesure que sa colère augmentait. C'était terrible. Jamais
je n'ai pleuré devant lui, jusqu'au jour où il abusé de moi. A ce moment précis
j'ai perdu les commandes de mon cerveau. J’avais huit ans, ce moment là je ne
l’oublierais jamais, tout s’est passé dans la violence.
Il m’a d’abord demandé de me mettre nue. Je tremblais. Mon corps était une
brindille fragile qui pouvait se casser à tout moment. Les larmes montaient.
Il rigolait de me voir nue, se moquait de mon apparence. Il m’a retourné une
grande claque, je suis tombée à terre. Pour me relever il m’a prise par les
cheveux et m’a jeté sur le matelas qui me servait de lit, et là je suis morte.
Il m’a pénétré viollemment. J’avais mal. Je voulais crier. Je ne pouvais pas.
C’était terrible. Je vous passe les détails.
Tous les viols se sont passés dans la violence la plus extrême. A dix ans
il me sodimisait, me faisait boire de l’alcool. Je ne m’appartenais plus. J’étais
dépossédée de tout mon être. Et puis vint le jour où tout cela ne lui suffisait pas.
Régulièrement j’étais violée par son copain. La mort en direct. Mon corps n’était
qu’une plaie. A quinze ans je faisais ma première tentative de suicide, par pendaison.
J’étais chez mes grand-parents,j’avais tout préparé depuis des mois. J’étais comme
sur un nuage, je savais que tout allait bientôt finir. Hélas mon grand-père n’était
pas dupe. Il a fait semblant de partir travailler. J’étais seule (enfin je le croyais).
J'ai tout mis en place, la corde, la petite caisse pour me monter au plus près de la
corde. J’ai introduis ma tête dans le nœud coulant et j’ai donné un grand coup
de pied sur la caisse, je me suis balancée au bout de cette corde d’un seul coup.
J’ai aussitôt senti des bras qui m’enlaçaient les jambes et qui me remontaient pour
que je respire. C’était mon grand père, il hurlait enlève cette corde, enlève cette corde
je l’ai écouté mais je n’étais plus moi même. J’avais atteint le sommun dans la
souffrance. Mon grand-père pleurait et moi j’étais comme un zombi. Les viols ,
les maltraitances ont continué ensuite, je ne m’appartenais plus.
Aujourd’hui les images horribles de mon enfance sont
toujours là. Parfois je n’arrive pas à les gérer, alors je m’en prend à moi. Je
peux être violente envers moi-même. Pendant des années je me suis lavée à l’eau de javel, très franchement j’étais
décapée, mais je voulais enlever toute cette souillure immonde, toute cette
crasse. J’ai cessé depuis que je suis une thérapie.
En ce qui me concerne, j'ai toujours su que je pouvais mourir des mauvais
traitements que je subissais, je savais également que je pouvais mourir de
cette vérité que je portais, que je camouflais pour sauver ma famille. Je
savais que cette vérité était un explosif, un danger permanent.
Alors pendant des années j'ai accepté d'être traitée pire qu'un chien, parce
qu'il fallait sauver la face. Je crois qu'au fond de moi, je pensais qu'en
acceptant ces mauvais traitements mes parents m'auraient un peu aimée.
- se taire et faire comme si jamais rien ne s'était passé
- se taire et ne pas chercher à comprendre
-se taire pour SURVIVRE
Mais maintenant je commence à comprendre tous les mécanismes que j'ai mis en
place pour sauver ma vie. Je ne peux plus taire. Ce n'est plus possible.
Je dois parler de la faute de mon père, car je suis bien placée pour le
faire. J'ai vu du haut de mes huit ans, ma vie basculée dans un abîme profond
le jour ou il a transgressé un interdit. Le jour ou il a décidé de faire de
moi son jouet sexuel. Alors c'est à moi de transgresser les interdits
maintenant, ou je parle, ou je crève. Je veux regarder la réalité calmement
en face. Je ne pardonnerais jamais à mes bourreaux. Je ne ferais jamais la
paix avec ceux qui m'ont mise au monde et qui m'ont fait autant souffrir.
Jamais je n'oublierai toute cette violence. Je veux maintenant parcourir
mon histoire sans RIEN OUBLIER, MAIS DANS LA PAIX. Cela me prendra du temps,
mais pour me reconstruire je dois passer par là.
Amitiés
Pascale