L'injustice de la
justice
Manifestation pour la Journée d'actions des
Femmes
La mince
proportion des agressions sexuelles dénoncées et se retrouvant
devant les tribunaux sont-elles prises avec suffisamment de
sérieux? Non, répond le Centre d'aide et de lutte contre les
agressions sexuelles de l'Outaouais (CALAS).
C'est devant l'édifice Jos
Montferrant que
s'étaient donné rendez-vous plus d'une cinquantaine de femmes (et quelques
hommes) afin de faire connaître leur mécontentement face au système judiciaire
canadien. Dans le cadre de la Journée d'action contre la violence faite
aux femmes, qui a lieu le troisième vendredi du mois de septembre à
l'échelle de l'Amérique du Nord, le CALAS-Outaouais avait choisi de
s'attaquer au traitement réservé par les policiers, les procureurs et les
juges envers les femmes ayant été victimes d'agressions sexuelles.
Selon une des organisatrices de la
manifestation, Joëlle Trahan, beaucoup de choses sont à revoir à ce
chapitre. « Lorsque les événements datent de 15, 20, 30 ans, les
femmes agressées ne se souviennent pas de tous les détails, mentionne
l'intervenante, alors que les avocats insistent beaucoup sur ces petites
informations. »
À ses dires, il s'agit là de tactiques
communes pour miner la crédibilité des témoins.
«
La majorité des femmes sont
ridiculisées »
souligne Mme Trahan.
« Et puis si vous
êtes une femme avec des problèmes mentaux, ne pensez même pas à votre
crédibilité! »
s'exclame Michelle Léveillé. « Cela démontre
le peu de respect envers la victime, ce n'est vraiment pas évident
pour une femme dans ce processus-là », mentionne-t-elle.
La
notion de non-consentement est également un autre grain de sable dans
l'engrenage de l'appareil juridique. Selon Mme Trahan,
« le fait de seulement dire « non » n'est
parfois pas suffisant pour convaincre les juges; il
faudrait que toutes les femmes se débattent, tentent de fuir,
mais ce n'est pas tout le temps le cas ». Elles donnent
également l'exemple de certains policiers qui attaquent verbalement
des victimes lorsque celles-ci font leur déposition.
Les
revendications de CALAS étaient entre autres de pouvoir aider les
femmes dans le processus judiciaire, un droit qui est parfois refusé
par les procureurs, selon des représentantes de l'organisme.
Joëlle Trahan souhaite également pouvoir s'asseoir avec le procureur
afin de le « replacer du point de vue de la victime ».
La
manifestation tenue à Gatineau n'est pas une revendication unique, un
document ayant été envoyé au gouvernement du Québec afin que les
règles soient appliquées. L'organisatrice croit qu'il existe
à l'heure actuelle « une différence entre l'écrit et la
pratique ».
Réhabilitation
Le
sceptissisme se fait sentir dans l'opinion que fait valoir Michelle
Léveillé lorsque le sujet de la réhabilitation des agresseurs
sexuels est abordé. « Il
faudrait vérifier s'il y a réellement des programmes qui
fonctionnent à cet effet », avance-t-elle: l'intervenante
croit que plusieurs facteurs viennent entacher les efforts faits en ce
sens. Mme Léveillé souligne entre autres que des sentences
avec sursis sont un problème important, puisqu'elles donnent au
public une image peu répréhensible du viol. « On condamne un voleur à
des peines de plus de deux ans, alors qu'un violeur peut s'en tirer
avec moins. La société donne l'impression que de voler est
plus grave que violer », souligne Christian Quesnel, un des rares
hommes présents. Il ajoute que l'attitude actuelle du système
judiciaire place la victime sur le banc des accusés, face aux
agresseurs sexuels, ce qui est, à son avis un problème majeur.
Mme
Trahan renchérit que le taux de récidive pour les agresseurs sexuels
est plus élevé parmi les criminels, ce qui envoie un message « qu'ils n'est pas grave d'être un violeur »
Certains
facteurs viennent jouer en défaveur de la cause soutenue comme la
proportion que prennent les affaires de fausses agressions sexuelles. « Il s'agit souvent d'histoires
gonfflées par les médias mentionne à cet effet Joëlle Trahan,
alors que les cas ne représentent généralement qu'un ou deux pour
cent des affaires qui se retrouvent devant les tribunaux ».
STATISTIQUES
- 13 % des
agresseurs déclarés coupables d'agression sexuelle sur un enfant et 30% des
agresseurs sexuelles déclarés coupables sont condamnés à deux ans et
plus de prison.
- 53% des individus coupables de vol reçoivent une sentence de deux
ans et plus de prison.
- Environ 87 000
Québécoises de 15 ans et plus, seraient victimes d'agression
sexuelle chaque année.
- Une femme sur
sept aurait été violée par son conjoint.
- Les
agresseurs sont connus par la victime dans 85% des cas. (Chiffres
fournie par CALAS)
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